Titulaire d’une maîtrise en études environnementales, Alexander Cha remet en question les idées reçues concernant les plastiques à usage unique

Le lait joue le rôle de pilier dans l’alimentation des Canadiens. Ils en achètent régulièrement à l’épicerie. Bien que les emballages pour le lait et ses substituts varient, les plastiques à usage unique constituent la plupart d’entre eux. Leur résistance, leur légèreté et leur faible coût expliquent leur omniprésence dans le domaine de l’emballage alimentaire. Cependant, les effets néfastes de ces produits sur notre environnement ne cessent de croître pour deux raisons. La consommation des plastiques à usage unique progresse sans cesse. De plus, l’industrie du plastique contribue de manière significative aux émissions de gaz à effet de serre.

Récemment diplômé, détenteur d’une maîtrise en études environnementales, option gestion de la durabilité, Alexander Cha a profité de l’occasion pour étudier l’impact des choix d’emballage dans le contexte canadien. Après son baccalauréat en « Environnement, ressources et développement durable », Alexander Cha désirait approfondir ses compétences en analyse du cycle de vie. Un programme mettant l’accent sur la réflexion interdisciplinaire présentait une excellente occasion.

Sous la direction de Goretty Dias, Ph. D., Alexander Cha a quantifié les impacts environnementaux de différentes options d’emballage du lait utilisées au Canada, notamment les contenants en carton, les bidons en plastique, ainsi que les bouteilles en verre à usage unique et les réutilisables. Cha a évalué les impacts environnementaux de ces éléments sous les conditions actuelles. Il a aussi tenu compte du fait que le Canada vise un réseau électrique à zéro émission nette d’ici 2050.

Son étude conclut que, sur leur cycle de vie complet, c’est durant leur phase de production que les emballages pour le lait taxent le plus l’environnement. Les sacs en plastique souples et légers obtiennent les meilleurs résultats dans la plupart des catégories d’impact. Par contre, le verre à usage unique inscrit l’impact environnemental néfaste le plus élevé.

Photo d’Alexander lors de la soutenance de son analyse du cycle de vie des emballages de lait au Canada

Les emballages en verre réutilisables présentent des avantages par leur réutilisation accrue. Cependant, les aspects liés à leur assainissement et au transport alourdissent leur empreinte environnementale globale. Les emballages en verre réutilisables deviennent une alternative compétitive aux plastiques à usage unique, seulement sous une infrastructure optimale de réutilisation et un réseau électrique décarbonisé.

Alexandre Cha précise : « Le verre illustre bien pourquoi la durabilité peut s’avérer plus complexe qu’il n’y paraît. La bouteille est réutilisable, c’est bien. Par contre, sa lourdeur nécessite davantage d’énergie pour la fabriquer et la transporter. Il faut également la collecter, la laver, la remplir à nouveau et la réutiliser suffisamment de fois pour que ces impacts supplémentaires en vaillent la peine. Si les bouteilles parcourent trop de kilomètres, ne sont pas réutilisées suffisamment de fois ou nécessitent trop d’énergie et d’eau pour les nettoyer, les avantages liés à leur réutilisation peuvent en souffrir considérablement. »

Ces résultats peuvent surprendre. Toutefois, Alexandre Cha prévient qu’il faut éviter de considérer tout le plastique comme nocif. Écoutons-le : « Habituellement, l’approche la plus responsable consiste d’abord à réduire la consommation inutile, à choisir des produits emballés de façon efficiente, avec un emballage compatible aux infrastructures locales de recyclage ou de valorisation. »

Alexandre Cha conclut : « La voie vers des emballages durables dépendra moins des matériaux eux-mêmes que des politiques, des infrastructures et des comportements. Ces derniers déterminent leurs performances. J’entrevois un avenir où la durabilité résultera d’une coordination à l’échelle du système. Au cours de mes trois derniers mois chez AgriRÉCUP, comme coordonnateur des relations avec les membres, j’ai observé les différents acteurs du secteur des intrants agricoles (fournisseurs de pesticides, d’herbicides, d’engrais et de moulées). J’ai réalisé l’interdépendance de nos chaînes d’approvisionnement. Ma maîtrise en sciences de l’environnement sur l’emballage du lait révèle un principe qui dépasse le cadre des systèmes alimentaires : les pratiques durables ne dépendent pas uniquement des choix individuels. La viabilité des emballages dépend plutôt des infrastructures au niveau du système, dont les réseaux logistiques, la coordination de la gestion des déchets, la décarbonisation du réseau électrique et la coordination intersectorielle. AgriRÉCUP exploite précisément ces filons au moyen de programmes de responsabilité élargie des producteurs (REP). L’organisme intervient à tous les niveaux de la chaîne d’approvisionnement pour mettre en place des stratégies de gestion circulaire. Au moment où le Canada s’engage vers des objectifs de zéro émission nette et étend le cadre de la REP, une coordination fondée sur des données factuelles devient incontournable. Pour obtenir des systèmes agricoles véritablement durables, il faut dépasser l’adoption de meilleures pratiques, la mise en place de meilleurs systèmes s’impose. »

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